Début XIXème, la Suisse traversait une dépression économique menaçante. Des immigrés suisses fuient la crise et s'installèrent en masse dans le Wisconsin (Green County, New Glarus, Monroe) vers 1845-1850. Certains d'entres eux étaient des fromagers,
Pour le gruyère spécifiquement, c'est un peu plus tardif : on peut faire remonter son arrivée aux États-Unis entre 1880 et 1920 environ, avec les descendants des premiers immigrants qui établir des fermes laitières, notamment dans le Wisconsin. (Charlieturnbull) pratiquant leur métier avec le savoir-faire ancestral, et appelèrent donc leur fromage par son nom suisse, gruyère ( il n'y avait à l'époque aucune AOC, aucune AOP, rien à "violer").
Aux Etats Unis, "gruyère" est devenu un nom générique et la société américaine a grandi en pensant que "gruyère" voulait juste dire "ce genre de fromage", et non "ce fromage qui vient de Suisse". et lorsque la Suisse a dit plus tard "ce nom, est à nous", les Américains, de bonne foi, ont répondu non, pour nous c'est juste un mot pour un type de fromage, comme 'biscuit' ou 'pizza' " et le tribunal leur a donné raison. C'est donc, bien involontairement la diaspora suisse, par fidélité à son savoir-faire et sans mauvaise intention, qui a contribué à "diluer" le nom sur le marché qui allait devenir, un siècle plus tard, l'enjeu d'une bataille juridique perdue par... la Suisse elle-même. Une fois le mot lâché dans le commerce américain comme nom de catégorie, toute l'industrie laitière US (pas seulement les héritiers suisses) s'en est emparée, dans le Wisconsin, mais aussi ailleurs, sans aucun lien avec la Suisse, la France, ou les Alpes. "Dairy Farmers of Wisconsin" décrit même sur son site le gruyère comme un fromage suisse traditionnel, tout en revendiquant sa propre version, sans aucune règle particulière à respecter. (The Cheese Professor) Le mot a fini par appartenir au vocabulaire culinaire américain générique, un peu comme "champagne" a longtemps désigné n'importe quel vin mousseux aux USA avant des accords spécifiques. Les suisses ont réagit avec déception et colère et se sont dits "déçus", leur avocat affirmant qu'elles "poursuivraient vigoureusement leurs efforts pour protéger la marque de certification du produit de qualité Gruyère AOP aux États-Unis". (RTS). L'Office fédéral de l'agriculture suisse s'est désolé de cette décision, jugeant qu'elle ne pouvait que nuire à toute la filière.
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